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LA SECURITE ALIMENTAIRE EN CHINE: UN LONG CHEMIN A PARCOURIR

2007/09/20

Par Wu Chen, Wu Qiong (China Features)

     Yang Fangfang ne jeta un coup d'oeil au menu qu'après que la serveuse lui eut apporté un plat et qu'il eut pu le laver trois fois à l'eau chaude.

    Bien qu'il se soit trouvé dans un restaurant cantonais à l'atmosphère calme et agréable, Yang ne parvenait pas à se relaxer. Quand il commenda enfin ses plats, il insista pour que la serveuse lui explique en détail comment chaque plat était préparé.

    Un an avant, il se rendait souvent au restaurant. Mais, il préfère aujourd'hui les plats préparés par sa mère à la maison, car il a contracté la méningite après avoir mangé des escargots contanimés par des parasites dans un restaurant à Beijing en 2006.

    En juin de la même année, plus de 130 personnes avaient contracté une maladie parasitaire après avoir mangé ce genre de plat dans le même restaurant. Yang, son épouse, ses parents et même sa fille d'un an, n'ont pas pu y échapper.

    Le Bureau de la Santé de Beijing a annoncé que l'infection devait être due à des problèmes de traitement dans ce restaurant, qui a échoué à détruire les parasistes au cours du processus de désinfection et de cuisson.

    La méningite ne lui a pas coûté la vie mais lui a infligé des douleurs au ventre et dans le dos. Les aliments qu'il regardait autrefois comme un plaisir sont devenus à présent une menace éventuelle pour lui.

    "Au cours des trois derniers mois, j'ai refusé toutes les invitations à dîner de mes amis", a dit Yang.

    Yang, âgé de 33 ans, a déclaré être très attentif à la sécurité alimentaire et ne jamais manger dans les petits restaurants de rue.

    "Mais comment aurais-je été en mesure de prévoir qu'un tel grand restaurant renommé pouvait avoir des problèmes?" a-t-il demandé.

    En ce qui concerne la sécurité alimentaire, les chinois ordinaires ne sont pas bien informés et doivent s'appuyer sur l'administration. Jing Luyan, âgée de 24 ans et travaillant dans une agence de voyage à Beijing, a déclaré faire confiance au gouvernement et aux médias.

    "S'ils disent de ne pas manger de quelque chose alors je cesse d'en manger, c'est aussi simple que ça", a-t-elle dit.

    Cependant, à cause d'une série d'infections alimentaires ces derniers mois, les Chinois se sont préoccupés davantage de la sécurité alimentaire.

    En novembre, les autorités ont découvert que sept entreprises produisaient des oeufs de cane salés contenant un colorant rouge probablement cancérigène.

    Le même mois, la police de Shanghai a arrêté trois personnes suspectées d'avoir ajouté des substances interdites dans la pâture de porcs. Ces substances permettaient aux porcs d'accumuler de la viande maigre mais étaient nuisibles aux humains. 300 personnes sont tombées malades après avoir mangé ce genre de viande contaminée.

    Même KFC, leader de restauration rapide, a été accusé d'avoir ajouté un colorant cancérigène dans ses ailes de poulets.

    Selon des statistiques du ministère de la Santé, 134 cas d'empoisonnement alimentaire se sont produits en Chine sur le premier semestre de l'année, causant l'empoisonnement de 457 personnes et la mort de 96.

    La nourriture est considérée comme la première nécessité de la vie et l'industrie alimentaire est également la plus grande industrie en Chine. En 2006, l'industrie alimentaire chinoise a réalisé une valeur de production totale de 2 400 milliards de yuans (300 milliards de dollars).

    Cependant, dîner au restaurant n'est plus une joie ou une détente pour Yang.

    Le gouvernement chinois a reconnu que la sécurité des aliments et médicaments n'était pas à un niveau satisfaisant et que la supervision devait être renforcée.

    Lors d'une récente conférence de presse, le porte-parole de l'Administration d'Etat des Aliments et des Médicaments (AEAM) a déclaré que "s'agissant d'un pays en voie de développement, la supervision des aliments et médicaments en Chine avait pris forme tard, que sa base était faible et qu'en conséquence, on ne pouvait être optimiste quant à la situation de sécurité des aliments et médicaments".

    La conférence de presse a été organisée par cinq ministères en charge de la sécurité alimentaire, à savoir le ministère de l'Agriculture, le ministère de la Santé, l'Administration d'Etat de l'Industrie et du Commerce, l'Administration d'Etat pour le Contrôle de la Qualité, l'Inspection et la Quarantaine (AECQIQ) et l'Administration d'Etat des Aliments et des Médicaments (AEAM), témoignant que le gouvernement chinois prend le problème au sérieux.

    Cette conférence de presse a énuméré une série de mesures à adopter et le public a raison de s'attendre à des progrès en matière de sécurité alimentaire.

    En mai, le gouvernement a décrété son premier "Plan quinquennal" depuis 1949 visant une stratégie à long-terme du pays pour le renforcement de la supervision des aliments et médicaments. Par ailleurs, il s'est fixé comme objectif de réduire considérablement le nombre des incidents d?s aux aliments et médicaments non conformes aux normes d'ici 2010.

    Le nombre des petits producteurs alimentaires, considérés comme la principale menace alimentaire en Chine, a diminué de 50 % et le gouvernement projette d'élinimer tous les petits fabricants alimentaires d'ici 2012.

     L'AEAM projette de créer une base de données nationale pour collecter et partager les informations sur la sécurité alimentaire et pour signaler les incidents et une telle base de données devrait couvrir 90 % des producteurs alimentaires du pays en 2010.

    En 2010, 95 % des produits agricoles dans de divers grands marchés en Chine répondront aux normes nationales.

    Ces mesures s'annoncent bonnes mais certaines personnes restent encore inquiètes.

    La récente conférence de presse n'a pas été en mesure d'apporter une solution convaincante à la question de la coordination du travail des cinq ministères, laissant dans un certain degré de chaos la régulation de la sécurité alimentaire.

    De nombreuses personnes doutent de ce que l'AEAM, créée en 1993, soit capable de traiter de manière efficace les problèmes de sécurité alimentaire, car cet organe joue davantage un rôle de coordinateur, alors que les quatre autres administrations détiennent les compétences clés, dont l'élaboration des normes, l'approbation des licences et les tests des échantillons.

    Le vice-ministre de la Santé Wang Longde s'est fait l'écho de ce doute, indiquant que les lois devaient renforcer la supervision en matière de sécurité alimentaire en coordonnant les responsablités des organes gouvernementaux.

    Malgré une confusion à un certain niveau, les départements concernés se sont déjà engagés dans le renforcement de la supervision.

    L'AEAM a publié une circulaire sur la mise en place d'un système de supervision, dans lequel les gouvernements locaux assumeraient une responsabilité de direction.

    L'AECQIQ s'est engagée à faire fermer tous les petits producteurs alimentaires non conformes aux normes hygiéniques requises.

    Yang Fangfang, qui a travaillé dans nombre de pays, dont les Etats-Unis, la France et l'Afrique du Sud, a indiqué que le plus important était de sensibiliser le public à la question de la sécurité alimentaire.

    Yang et sa famille sont devenus plus conscients du problème de sécurité alimentaire après leur accident d'intoxication. "On doit pour l'instant apprendre à se protéger", a-t-il indiqué.

   Yang s'est déclaré persuadé que "le système gouvernemental de supervision fonctionnerait efficacement dans le long terme". 



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